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Author: admin Posted On: mars 8th, 2012 In:Presse

Plus drôle sera la chute.

Gwen Berrou qui vient d’obtenir un Magritte pour son rôle dans le film « Les Géants » est d’abord comédienne au théâtre. Sur le thème prétexte de la chute, elle a élaboré un spectacle insolite et quelque peu insolent qui nous interroge à propos de l’art de la scène.

Dans la lignée des réalisations inclassables d’une Isabelle Wéry, voici « Fall into the show », une sorte de pseudo-fourretout qui reste cohérent sous des apparences de dispersion. Car dans ce cas-ci, l’affirmation ‘tout ce qui semble faux est vrai’ vaut bien ‘tout ce qui semble vrai est réellement faux’.

Le ton est pressenti dès le préambule. Sous des apparences de spontanéité, une employée du lieu de représentation vient expliquer au public, installé en demi-cercle autour de petites tables, le jeu auquel il va participer de manière interactive et aléatoire. Elle poursuit en précisant que la comédienne (c’est-à-dire elle-même en fait) va précisément venir expliquer ce qui vient d’être dit.

Elle recommence donc en endossant ce nouveau rôle. Puis recommence en précisant qu’il vaut mieux, vu les circonstances, qu’elle parle à la première personne plutôt que de pour suivre en disant « elle » au lieu de « je ». D’où, à nouveau, les explicitations redonnées, pimentées de variations sur un comique de répétition.

Chaque tablée devra élire démocratiquement un délégué chargé de tirer sur une des floches* qui pendent au-dessus des spectateurs, ce qui provoquera la chute de quelques accessoires, lesquels serviront à nourrir une improvisation. Ce qui provoque quelque confusion, conciliabules, négociations parmi l’assistance avant des commentaires de l’actrice.

Cet usage de la démocratie terminé, elle se lance dans un discours sur le théâtre. Elle a choisi de le pratiquer dans le langage ampoulé, apanage de tous les spécialistes englués dans leur jargon professionnel de linguistes, de psycho-sociologues, de théoriciens de la structure ou de la psychanalyse. Très vite, évidemment, l’accumulation rend les propos caricatures de ce qu’ils prétendent signifier. Et deviennent fort drôles pour qui en perçoit le deuxième, voire le troisième degré.

Un engagement corporel et vocal permanent

Au fil des séquences, introduites par un jingle dansant et très dansé, façon émission télé enregistrée en public, plusieurs ‘élus’ déclenchent la tombée du haut des cintres d’une série d’éléments inducteurs d’un sketch. C’est l’occasion pour Berrou de parcourir avec virtuosité une palette théâtrale polychrome en prenant pour fil rouge des chutes en tous genres.

Tour à tour, elle incarne et parodie des genres dramatiques différents. Tragédie classique, comédie, avant-garde, lecture publique, mime, chorégraphie, performance y passent. Le travail sur la voix, sur le corps vient à la rescousse d’un engagement total dans ce seule-en-scène, accompagné seulement d’un machiniste préposé aux éboulis d’accessoires et à la manipulation à vue d’effets spéciaux comme la tombée d’une neige de plumes. La bande son sert par moment de partenaire en dédoublant les mots d’un monologue afin de le transformer en dialogue décalé.

Les amoureux du spectacle vivant, les amateurs de mise en abyme y trouvent assurément leur compte. Les autres, s’ils se laissent porter par le talent de la meneuse de soirée, auront le plaisir d’un humour à la fois pasticheur et incisif.

Michel VOITURIER, Bruxelles

ruedutheatre.eu